Rapport spécial du GIEC sur les liens entre changement climatique et surfaces continentales

Le 8 Août 2019 le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publie le deuxième rapport spécial de son 6ème exercice. Plusieurs gouvernements du monde entier ont mis au défi le GIEC de faire le premier examen exhaustif de l’ensemble des interactions entre terres émergées et climat.

Ce rapport est le premier qui ne s’intéresse qu’aux surfaces continentales (ou terres émergées), aux diverses pressions qu’elles subissent à la fois par nos actions directes (usages des sols) et indirectes (via le changement climatique). Il traite de leur contribution au changement climatique passé, et de leur contribution potentielle à l’atténuation du changement climatique. Il propose également un ensemble de solutions pour lutter contre la désertification, la dégradation des terres et la sécurité alimentaire.

Les écosystèmes terrestres nous rendent déjà un fier service puisqu’ils absorbent environ 22% des émissions anthropiques de CO2 (11.2 ± 2.6 GtCO2 yr-1). Il faut maintenir ce puits de carbone, voire l’amplifier.

Les terres émergées sont déjà sous pression

Rappelez-vous, nous vivons sur ces terres émergées et nous dépendons d’elles pour l’essentiel de notre alimentation, pour notre approvisionnement en eau, notre santé et notre bien-être. Or, elles sont déjà soumises à de nombreuses pressions directes de notre part : un quart de ces terres est déjà considéré comme dégradé, près de trois quarts subissent notre exploitation ou occupation (agriculture, pâturages, exploitation forestière, …), deux tiers des forêts sont gérés (prélèvements de bois, usages récréatifs, …), moins d’un quart de ces terres émergées est aujourd’hui libre d’influence humaine directe. Depuis 1961 l’utilisation de fertilisants a été multipliée par huit, les volumes d’eau utilisés pour l’irrigation ont presque doublé, la quantité de bois récoltée a augmenté de près de 50%.

Le réchauffement climatique depuis l’époque pré-industrielle est aujourd’hui près de deux fois supérieur sur les terres (+1.53°C) au réchauffement mondial (+0.87°C). La fréquence, l’intensité et la durée de nombreux événements extrêmes ont augmenté en de nombreuses régions du monde, plus particulièrement les vagues de chaleur, les sécheresses et les événements fortement précipitants.

Les impacts de ces effets indirects sont déjà visibles sur :

  • la sécurité alimentaire : les rendements de diverses cultures ont déjà diminué dans plusieurs régions tropicales,
  • la désertification a augmenté dans plusieurs zones semi-arides de l’Afrique Sub-Saharienne, de l’Asie Centrale et de l’Est, et en Australie. Entre 1961 et 2013 la surface des régions arides se désertifiant a augmenté au taux d’environ 1% par an,
  • les écosystèmes terrestres : plusieurs zones bioclimatiques se sont déplacées vers le Nord et en altitude, entraînant une perturbation pour de nombreuses espèces végétales et animales,
  • la dégradation : l’érosion a augmenté sous l’influence de l’augmentation des événements fortement précipitants et, dans certaines zones côtières, de l’augmentation du niveau des mers. L’érosion est aujourd’hui 10 à 20 fois plus importante que la capacité de restauration des sols dans les zones non labourées (facteur 100 dans les zones labourées).

Il faut noter que pour plusieurs de ces impacts, il est difficile d’isoler la seule contribution du changement climatique. Ils sont le plus souvent le résultat de la combinaison des pressions directes et indirectes.

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